
Mes Amours
A vrai dire, cette part d’histoire de ma vie se partagerait entre "mes peines" et "mes amours", car elle est une suite de mes ressentis de fan expliqués dans l’article "Patrick, Filip, Jean-Loup… et moi" : http://www.mymemoriae.eu/?p=398&language=fr
Replaçons-nous dans le contexte (quitte à ce que ce soit un peu hors sujet au début) : j’étais en 5è, fin Juin 91 et quelques jours auparavant, je me suis fait agresser par un gros garçon de ma classe avec qui je ne m’entendais déjà pas, puis les autres élèves excités (je ne veux même plus les appeller camarades !) à coups d’escargots dans les vêtements lors d’une sortie en forêt avec la prof de sciences nat’ pour le dernier cours de l’année. Laquelle a eu une attitude même encore + odieuse avec moi, ne se mêlant de rien, sinon pour m’engueuler, me culpabiliser, moi, la victime ! Elle m’accusait de provoquer par mes cris les autres élèves et me menaçait même de retenue et minimisant sciemment ce qui m’arrivait. Pour elle, je devais aller au cours suivant ! "Habillée" d’un tas d’escargots + ou - écrasés ? A peine arrivée, j’appelle Maman à la cabine téléphonique près du collège, je signale à la CPE les faits et je me précipite sous la douche en rentrant ! Inutile de vous dire que Maman était dégoûtée de ce qui m’arrivait et de la réaction nulle de cette prof…
Quelques temps avant, le prof de français (père d’un des élèves) et la prof de dessin et de maths (avec qui j’ai souffert en 6è) avaient décidé d’organiser une sortie de 48h à Paris, avec hébergement en auberge de jeunesse. Hésitant à voyager + d’1 nuit sans ma famille, je réserve ma réponse. Je la refuse pour cette raison, la confiance étant brisée avec le reste de la classe et craignant que ça ne recommence sous une autre forme et comme représailles de ce que je me sois plainte à la CPE.
Mais l’autre raison, la + importante à mes yeux (que je n’ai évidemment pas évoquée aux profs), la voici, j’y arrive enfin : ça allait tomber en même temps qu’un autre évènement sur lequel je plaçais tous mes espoirs de fan : la 1è émission d’Intervilles été 91 qui se passait au Futuroscope avec comme co-présentateur… Patrick Roy.
Patrick, mon dieu vivant, mon 1er amour "virtuel", unidirectionnel, mon 2è père, mon rêve. Patrick, qui animait déjà en temps normal les jeux "Le Juste Prix" et "Une famille en or" sur TF1, fin 80’s début 90’s, et coanimait "Succès Fous" aussi, qui animait également des émissions de radio sur RMC. Emissions télévisuelles et radiophoniques dont je me délectais quotidiennement (lorsque je n’en étais pas punie ou que ma famille n’était pas par monts et par vaux à me trimballer, ces 2 circonstances arrivant hélas souvent…).
J’avais d’excellentes notes partout (sauf en maths, mais bon…) et une magnifique moyenne qui me faisait passer sans problème en 4è. En +, avec ce qui venait de m’arriver et dont j’étais très affectée, voire traumatisée, je m’attendais à être non seulement récompensée, mais consolée avec le + merveilleux des cadeaux : une rencontre, même courte, avec mon Patrick Roy d’amour. J’imaginais, pendant une pause pub sur les écrans en milieu d’émission, ayant quitté provisoirement les gradins du public, le moment ou en faisant la queue, en voyant mon tour arriver, faire une bise chaleureuse à mon idole pendant qu’il me signait un tendre autographe… Je savais qu’Hélène, la fille de notre médecin de famille (de 2 ans + âgée que moi) y allait, et une camarade d’une autre classe de 5è.
Mais quelle déconfiture ensuite ! J’explique là encore : nous avions l’habitude depuis 1982 de partir de fin Juin à mi-Juillet avec Maman et mes grands-parents à St Cyprien, où mes parents possèdent un appart’ de vacances, de le mettre à louer sur 4 semaines, puis re-vacances cette fois avec mes parents pour 3 semaines en Août. Pour la 1è période à St Cyp’, nous partions soit le Vendredi, soit le Samedi, soit le Dimanche, ça dépendait de la circulation et/ou de la météo (ou un coup de tête ?).
Il était prévu de faire comme d’habitude, ça je le savais. Seulement voilà, tout le monde avait décidé (qui en 1er au fait ?) de partir… Le vendredi ! Or, l’émission tant convoitée, tant désirée devait avoir lieu… ce même Vendredi !
J’essayais de convaincre Maman de la supplier par tous les moyens, mais il n’y avait rien à faire, elle ne cédait pas. Comment pouvait-elle être aussi peu compréhensive après ce qui m’est arrivé et en me sachant en même temps bonne élève ? Pourtant, au début du fameux bizutage aux escargots, elle a été formidable, me soutenant et me défendant bec et ongles. Je ne me souviens pas avoir été insolente, désagréable, ni d’avoir fait de bêtise. Même, j’étais plutôt presque "lèche-cul" en attendant ce vendredi 28 Juin béni et mes efforts scolaires et comportementaux récompensés. Ca n’a servi à rien !
Et je ne pouvais compter sur aucune complicité extérieure : pas de grand frère (fille unique), pas de cousin (tous éloignés généalogiquement et géographiquement), de vagues camarades mais pas vraiment d’amis. Je maudissais aussi mon âge, 13 ans à l’époque, ma minorité ne me permettant évidemment pas de me déplacer par mes propres moyens.
C’est donc extrêmmement vexée et en larmes retenues (mes parents ont horreur que je fasse des histoires pour ce qu’ils considèreraient "peu de chose" > pour moi désolée c’est "+ qu’énorme"). La Ford neuve de Papy et Mamie qui nous embarque pour 700km et 8h de route passe devant le Futuroscope… Je serre les dents à me les enfoncer dans les gencives pour ne pas pleurer…
Je me passe même de l’eau sur le visage sur un arrêt autoroutier, pour rincer surtout mes yeux fatigués de retenir des larmes. Comme je suis très fortement myope, je pose mes lunettes. D’un mouvement maladroit je les fais tomber, mais je ne vois pas où. C’est en cherchant que je marche dessus et que je les casse (la monture, les verres étant incassable… Mais fortement rayés !) La totale ! En arrivant, comme Papy a toujours une boîte à outils avec lui, il parviendra non sans mal à m’en faire une réparation provisoire. Je maudissais aussi ma myopie, mais avec ça, au moins je pourrai voir l’émission à la télé et le lendemain, on file chez l’opticien dès la 1è heure.
Papa déteste Patrick. Mais + il le déteste, + ça augmente ma passion ! Cercle vicieux pour lequel il commence à se bourrer de Lexomil. Néanmoins il a un peu pitié de mon désespoir et accepte de m’enregistrer l’émission. Voilà. Je n’aurai qu’une bête K7 de ce qui aurait dû être quelque chose de réellement vécu avec la chance et la proximité géographique, et puis c’est tout. C’est mieux que rien me direz-vous, mais ce n’est pas LA rencontre réelle avec Patrick.
Voilà. Je suis, ou plutôt subis comme un supplice de Tantale sur une télé en + en noir et blanc, difficile à régler, qui date de Mathusalem (c’est-à-dire 1972), ce fameux Intervilles 91 Futuroscope contre Metz. La présence télévisuelle de Patrick me rebooste un peu, mais pas assez, vu qu’un écran nous sépare…
Le Vendredi suivant Intervilles se déroule à Castelnaudary, + loin cette fois mais pas trop quand même, 150 km environ. Tout en sachant que c’était perdu d’avance, je risque timidement de demander à ce qu’on y séjourne ce WE là. Refus familial. Je m’en doutais… + tard, j’apprenais que Patrick animait tous les Intervilles de Juillet et celui du 1er Vendredi d’Août. Mais par la suite, que nous soyons à St Cyp’ ou à Lencloître (mon village natal), Patrick se trouvait à l’opposé de nous ! Tristes vacances.
Ma fidèle amie de vacances, Béné, 14 ans, parvenait, avec grande patience et psychologie (c’est un don chez elle !), à me remonter le moral et à me donner espoir concernant Patrick. Je me disais que de toute façon, je le verrai un jour, quand je serai majeure sans comptes à rendre, en assistant à ses émissions.
Mais la suite des événements lui donnera malheureusement tort : Patrick Roy décèdera le 18 Février 1993 d’un cancer, âgé de presque 41 ans. De lui de près, je ne verrai qu’une dizaine de fois… sa tombe ! Il est enterré à St Benoît, juste à côté de Poitiers, où résident toujours ses parents. Ce jour-là, mon petit univers s’effondre…
J’avais appris qu’Hélène, la fille du médecin, avait pu l’approcher et même obtenir un autographe, dont elle me donne… une copie. Virginie aussi. Comme je déteste me fâcher avec les gens, je garde ma jalousie pour moi…
Lors de la psychothérapie familiale et individuelle, je découvre que sa mort m’a libérée d’un certain esclavage qui tournait pas loin de la schizophrénie, mais qu’il me manquait aussi quelque chose. Car je n’ai jamais pu assouvir le désir pourtant innocent et légitime de le rencontrer, du fait de ma jeunesse et de la sévérité de mes parents le concernant. D’où un deuil de lui long et difficile (jusqu’à +d’1 an après sa mort) et une cicatrice jamais totalement effacée même encore aujourd’hui…
Patrick Roy étant poitevin, il n’était pas rare qu’il revienne dans la région et il en profitait aussi pour faire des animations commerciales chez But (sponsor fidèle du "Juste Prix") ou Cuisine Plus et que ce soit annoncé dans les pubs et la presse locale. Mais jamais mes parents n’ont voulu m’y emmener ! Je me souviens que mes parents avaient également décidé de passer précisément ce WE-là chez mes grands-parents… qui habitent à côté de Tours, soit à 100 km de Poitiers ! Et qu’ils n’ont surtout pas dérogé à leur habitude de rentrer à 20h alors qu’on aurait pu partir en début d’après-midi pour essayer de rattraper le coup !
Je sais bien que mon délire de fan est allé parfois presque trop loin. Patrick n’a peut-être jamais su que je l’aimais (j’avais réussi à envoyer, miraculeusement en cachette de mes parents, une lettre à TF1 destinée à Patrick, sans aucune réponse d’ailleurs…). Je comprends l’attitude de mes parents… et je ne la comprends pas non plus !
Que s’est-il passé réellement pour que l’on aille pas au Futuroscope (mes parents habitent toujours à 30 km) ? Mon attitude était normale, j’avais été agressée, je passais en 4è haut la main… Que craignait mon entourage ? Les bouchons et ou une mauvaise météo ? Ou que le mythe sur Patrick Roy s’aggrave ? (il pouvait aussi bien chuter. Mais ma famille voyait le verre à 1/2 vide plutôt qu’à 1/2 plein). C’est pourquoi je ne pardonne pas cette chose à mes parents. Comme tous les parents, ils ont fait de leur mieux, ils ont fait aussi des erreurs, je les leur ai pardonné (même notre violente dispute d’il y a 3 ans sur un entretien d’embauche raté), sauf celle-là. Même presque 20 ans après ! Ce n’était pas une punition en soi, mais pour moi c’était comme telle car injuste et immérité !
Mais jamais je ne leur en ai reparlé, de crainte d’être rancunière, égoïste (leur maître mot à mon égard) ou de "faire des histoires". Lorsque je me suis risquée à le faire chez la psy, le seul commentaire de ma mère a été "Mais tu croyais quoi ? Qu’on allait bouleverser nos vacances pour ta petite personne ?"
Désolant. Patrick serait encore vivant, j’aurais pardonné, surtout si j’avais pu le rencontrer. Mais son décès rend le pardon impossible et irréversible. Le savoir à côté de soi et ne même pas pouvoir le voir alors que c’était facile, ça je ne le digérerai jamais… Même si j’ai depuis changé d’idoles…
Rédigé le 29 dec 2008 dans Mes Amours > Récits et anecdotes par Aragatz
Aucun commentaire | Laisser un commentaire
- Commentaires














Votre commentaire