
Mes Peines
Voilà ce que tu m’as dit si souvent lorsque je pensais mal faire avec mes enfants, qu’ils m’en voudraient de mes choix… Voilà 20 jours que tu es partie et que tu ne pourras plus jamais me dire ce genre de chose, que je comprends chaque jour depuis ton départ. Mes heures sont en plomb, mon désir de te parler, de t’entendre est toujours là et je suis frustrée car oui, je n’ai eu qu’une maman et tu es partie.
Lorsque tu m’as dit que tu avais un cancer de l’utérus, quelques jours avant mon mariage en mai, j’ai fondu en larmes parce que tu avais déjà tant souffert, un cancer du sein, un plancher pelvien qui n’a pas tenu, un autre pour le refaire, un triple pontage en urgence… et maintenant CA !!
Tout le temps que tu es restée après, que j’ai voulu te garder égoïstement avec moi et les enfants, nous avons occulté cette maladie, pourtant il a bien fallut que je te laisse partir pour te faire opérer et guérir… Dés l’opération tout s’est mal passé, tu as fait une hémorragie, perdant un litre de sang et on a bien cru te perdre : j’ai prié tout ce que je pouvais prier, ta mère décédée en 1987 itou, parce que dans ces moments là on veut croire qu’il y a bien quelqu’un qui pourra faire quel que chose… et tu es revenue à nous. Ce fut de courte durée car la chimio en septembre n’a pas marché, et je suis montée te voir en urgence.
Toi qui était si ronde, un vrai coussin, comme disait si bien les enfants, tu avais tant perdu, que j’ai failli fondre en larmes en te voyant. Je t’ai embrassé alors que tu dormais sur ton fauteuil dans ta chambre d’hôpital et tu m’as dit "oh mon bébé" en me serrant fort contre toi.
Si j’avais su à cet instant que je ne te reverrais plus que dans ton cercueil, je me serais fondu en toi. Tu marchais difficilement avec un déambulateur pour finir par quelques jours plus tard ne plus pouvoir te lever.
Tu ne t’alimentais plus car trop difficile pour toi, tu ne voulais plus lire, regarder la télé… tout t’était indifférent et je crois que tu as supporté autant de souffrances pour nous qui ne voulions pas que tu partes. La seule chose que tout le monde a retenu malgré tout, ce qui te rendait heureuse c’était d’avoir assisté à mon mariage : tu montrais les photos à tout le monde y compris les infirmières.
Puis ta maman m’est apparue dans un rêve pour me dire qu’il fallait que j’accepte que tu doives partir d’un moment à l’autre. Je ne pouvais l’accepter, pourtant quand ma soeur m’a dit que tu étais vraiment trop faible, qu’elle te tenait la main pour pas que tu partes seule… Elle a tenu le téléphone pour que je puisses te dire combien je t’aime, mes enfants aussi et que je comprenais que tu étais fatiguée de tout ça… tu es partie en silence le lendemain, ma soeur et mon frère étant arrivés trop tard de quelques minutes. Et moi, si loin, je m’en veux d’être partie m’exiler pour suivre mon mari si loin de toi…
Il n’y a pas un jour qui ne passe sans que me vienne l’envie de t’appeler pour te raconter telle chose marrante dite ou faite par l’un des enfants, te dire les quelques bêtises qu’on peut vivre et qui franchement nous gavent, t’expliquer que j’ai enfin décoré les murs qui sont blancs à la maison et que tu trouvais tristounet mais pas le droit de peindre donc difficile de trouver une solution jusqu’à il y a 2 semaines… J’ai voulu t’appeler pour te dire que j’enverrais des photos pour que tu vois ce que ça donne !! D’ailleurs je n’ai pas effacé ton numéro de téléphone, je n’y arrive pas : c’est le numéro que tu as toujours eu depuis que tu vivais dans ta ville alors que j’avais 6 mois. Avec ma soeur on parle de "chez maman" parce qu’elle doit tout vider, elle trie ce qu’on veut garder, ce qu’on peut donner…. mais il y a une date buttoir où il n’y aura plus de chez maman.
Comble de tout, tu as préféré pour qu’on ne s’endette pas, nous 4 avec nos enfants, alors qu’on s’en tire comme on peut financièrement, être incinérée et il est très dur encore de se dire que ma maman si ronde, qui faisait 86 kg pour 1.55 m environ, ne représentait plus qu’à peine 300 grammes de cendres et que tu vas te dispercer petit à petit sans rien laisser.
Comme dirait l’autre : "on n’est vraiment pas grand chose."
Le seul espoir que je garde en moi c’est que ceux qui croient à la vie après la mort aient raison et que tu passeras un jour par n’importe quel biais, même par des coïncidences, pour me faire comprendre que tu n’es pas très loin et que tu guetes parfois ce qu’on fait, heureuse enfin sans douleur d’aucune sorte.
On a qu’une maman, j’espère pouvoir faire aussi bien que toi pour que mes enfants soit aussi fiers de moi et de ce que je leur ai inculqué, que je le suis de ce que tu as fais pour nous, de ce que je suis devenue grâce à toi.
Je t’aime maman, où que tu sois, ne l’oublies pas.
Rédigé le 25 nov 2008 dans Mes Peines > Récits de peines par Mitsuki
7 commentaires | Laisser un commentaire
- Commentaires












Votre texte m’a beaucoup touché. C’est vraiment un magnifique témoignage d’amour pour votre maman.
Par Visiteur le 26-nove-2008Après l’avoir lu, je n’ai qu’une envie: téléphoner à ma maman pour lui dire à quel point je l’aime aussi et suis fière d’elle.
C’est vrai qu’on ne se rend pas assez compte de l’amour que l’on porte à sa mère. On pense plus à lui faire des reproches que des compliments…
Par Sabine le 26 novembre 2008
Quelle magnifique preuve d’amour. Je reporte vos pensées en pensant à mon papa qui est décédé en mai dernier d’un cancer du pancréas. J’ai également pensé qu’on avait qu’un papa, pensé qu’il ne méritait pas de terminer sa vie ainsi et si tôt (56 ans), l’ai vu dépérir de jour en jour (de presque 100 kgs à quasiment 40 kgs), l’ai maudit de nous avoir quitté le jour de mon sixième anniversaire de mariage.
Maintenant, je sais qu’il sera toujours prêt de moi et je tente le mieux possible de ne garder en mémoire que tous les bons moments passés ensemble tout en regrettant de n’avoir jamais su lui dire JE T’AIME.
Félicitations pour votre blog
Par Visiteur le 26-nove-2008Merci à toutes les 2 d’avoir pris le temps de lire mon texte. Il fallait que tout ça sorte et il y en a encore tellement en moi pour exhorter ma peine si lourde à porter mais il faut faire face pour mes enfants encore jeunes (12 ans 1/2, 9 ans 1/2 et 3 ans 1/2), afin qu’ils ne s’inquiètent pas pour leur maman.
Par Visiteur le 27-nove-2008Sabine, je suis navrée de voir que le cancer a emporté votre papa. Ma maman n’était pas aussi jeune mais à 70 ans, de nos jours, on a encore de belles années devant soi. Vous avez raison quand vous dites qu’on ne sait jamais vraiment dire je t’aime à ses parents : enfant on le dit presque comme un leitmotiv et se rassurer que nos parents nous aiment aussi, adolescent on ne le dit pas parce que “c’est la honte”, adulte on ne le dit plus parce qu’on pense que c’est une évidence et alors quand on ne peut plus le dire on se rend compte de toute l’importance de ces mots réconfortants.
Claire, merci pour votre mot, je suis heureuse de voir que ma peine fait réaliser à d’autres la chance qu’ils ont d’avoir encore leur maman et/ou leur papa.
Là aussi vous avez raison quand vous parlez de reproches, d’ailleurs combien de livres existent sur les relations mère/fille si difficiles parfois ? Moi tout a été pour le mieux du jour où à 21 ans j’ai eu mon premier enfant. Passée de l’autre côté du miroir, maman à mon tour, ma maman et moi nous sommes mieux compris.
C’est en larmes que je lis votre texte et j’ai la sensation qu’il s’agit de mon histoire et de celle de ma maman, c’est très douloureux. J’ai perdu ma maman egalement, c’etait le 11 juillet dernier, elle etait condamnée aussi par une recidive de cancer de l’uterus qui avait metastasé au peritoine. elle n’a fait aucun traitement ; la maladie a doucement progressé. Ma maman aussi était un peu ronde et puis plus rien, les kilos filaient à vue d’oeil et moi je la voyais chaque jour car je n’habite pas loin et j’avais la chance de pouvoir passer du temps avec elle. Ns etions tres fusionnelles, je suis fille unique. Elle s’est accrochée pour mon père, pour moi, pour son petit fils qu’elle adorait, pour son gendre aussi qu’elle aimait enormément et puis lorsque la souffrance morale est devenue plus forte encore que la souffrance physique elle a laché prise. J’ai passé la moitié de la journée du 10 juillet avec elle, nous avons discuté, elle a meme mangé un peu, j’étais contente, je me disais qu’elle allait reprendre qq forces et puis je suis rentrée chez moi. C’est la dernière fois que j’ai vu maman vivante. Le lendemain matin, je devais y aller plus tôt car j’avais fait des pieds et des mains pour obtenir des soins à domicile. Elle ne voulait pas entendre parler d’hopital, de medecins et de quelconque traitement. Je pense que meme les soins à domicile lui faisaient peur, elle en savait l’issue. Alors, tranquillement, elle a choisi de partir. Une dose de somnifères suffisante pour ne pas se rater et fini. Fini pour elle de souffrir, de nous voir nous inquieter pour elle. Elle avait tout préparé : des lettres pour nous expliquer son geste, jusqu’aux papiers nécessaires “après”, tout etait là. C’est mon père qui l’a trouvé, étendue par terre, lorsque je suis arrivée ; une amie tres proche et un gentil voisin l’avaient remise dans son lit. Ma pauvre maman s’etait abîmée en tombant, ses beaux cheveux blancs étaient devenus tout gris ; c’est une image qui ne s’efface pas.
Par crystal le 30-déc-2008Maman aussi voulait être incinérée et lorsque je vais sur sa tombe j’ai du mal à me dire qu’elle est là, réduite à quelques cendres alors que je l’avais vue dans son cercueil, si belle le dernier jour.
Aujourd’hui, pres de 5 mois ont passé et la douleur est toujours aussi vive, je crois que le plus dur est de ne pas pouvoir lui parler, l’appeler aussi pour lui raconter des bêtises, on s’appelait sans arrêt, pour tout et rien.
Mon fils a 10 ans, sa grand-mère comptait bcp pour lui, il savait meme qu’elle voulait être incinérée, moi je ne savais pas qu’il savait.C’est difficile surtout en ce moment, l’approche des fêtes m’angoisse, ns avions l’habitude de préparer notre réveillon de Noel toutes les deux, une fois chez elle, une fois chez moi..
Je sais que le temps apaise enfin il parait……
Murielle
très touchant témoignage, on ressent toute votre douleur
Par Visiteur le 27-nove-2009courage, vous ne pouvez qu’accepter
on ne perd pas ceux qu’on aime, on les garde au chaud dans son coeur
Bonjour, Mitsuki. Ma maman avait elle aussi un cancer - au sacrum, rarissime - et elle nous a quittés voilà trois ans et demi, j’avais 24 ans, elle 57. Elle aussi a été incinérée, ses cendres ont, selon sa volonté, été dispersées au jardin des souvenirs, ce que j’ai encore du mal à supporter, j’aurais préféré un colombarium pour me recueillir, mais bon… C’était son choix.
Par Visiteur le 27-nove-2009Elle avait un caractère très soupe au lait, moi aussi, alors des fois, nos discussions était “électriques”, mais c’était une relation mère-fille… malgré tout ! Je ne voulais pas la traiter comme une malade perdue et j’avais toujours espéré qu’elle s’en sortirait… Ce qui me manque le plus, c’est de ne plus l’avoir physiquement en face de moi. Quelque chose en moi s’est cassé irrémédiablement. Mais bon, je suis croyante, et j’ai le sentiment que de là où elle est, ma mère m’aide à avancer dans la vie.
Bonjour,
Tout d’abord merci pour votre message.
Voilà un peu plus d’un an que maman est partie et bien que je pensais pouvoir surmonter cela, chaque jour ma peine est lourde.
Moi aussi, tout comme vous, j’ai eu des discussions électriques avec maman, pourtant elle avait un caractère à tout pardonner et à accepter chacun comme il était mais, on ne se refait pas, et les relations mère-fille sont à un moment ou à un autre conflictuelles.
Je crains chaque jour un peu plus la mort, et malgré tout, je pense tout comme vous qu’elle doit être quelque part.
J’aime à croire que quand je suis pas bien ou trop malade (récemment j’ai eu de la fièvre, vomissements, maux de tête…), qu’elle est près de moi pour me soulager un peu comme elle le faisait quand j’étais petite.
Je n’accepte pas non plus de ne pas avoir d’endroit où me recueillir. Malgré la distance où elle a voulu être incinérée et comme votre maman dispersée au jardin du souvenir, aujourd’hui, il ne reste rien physiquement d’elle.
Je garde son numéro de téléphone dans mon portable et je l’ai remis sur mon fixe.. Stupide ? et bien tant pis, c’est le seul numéro qu’elle n’a jamais eu et quand je voulais la joindre c’était ce lien là qui me permettait de le faire.
Je n’ai pas voulu la voir “si malade”, j’espérais qu’elle s’en sortirait, elle avait frôlée vraiment 2 fois la mort avant cela : l’année précédente après un triple pontage, les médecins ont pensé qu’elle ne passerait pas la nuit, et en juillet lors de son opération du cancer de l’utérus, une veine s’est sectionnée et elle a perdu 1 litre de sang… Alors, j’ai voulu croire que malgré tout, ma maman, ce roc qui a fait face à tant de choses dans sa vie, ne flancherait pas, qu’elle serait toujours là.
Et ce qui me fait un peu peur, malgré tout, c’est que bien que des gens nous disent qu’avec le temps ça s’atténue, et bien, je vois que pour beaucoup, comme pour vous, les années ne changent en rien le manque.